Que semer en août et septembre pour récolter tout l'hiver
Les planches se libèrent, la terre est chaude, et c'est précisément le moment où la plupart des potagers s'arrêtent. C'est dommage : une quinzaine de légumes semés maintenant produiront de novembre à mars, quand plus rien ne pousse. Voici les dates limites à ne pas dépasser et la méthode pour réussir une levée en pleine chaleur.
Mains semant de petites graines dans un sillon tracé sur une terre fine, sachets de graines posés au sol devant des rangs de jeunes salades. , Visuel produit par intelligence artificielle.
Ce qui change dans un semis de fin d’été
Un semis de printemps et un semis d’août n’obéissent pas aux mêmes lois. Au printemps, la lumière augmente chaque jour et la terre se réchauffe : une plante semée en retard rattrape son retard. En fin d’été, tout va dans l’autre sens. La durée du jour diminue d’environ deux à trois minutes par jour, la terre se refroidit, et une plante semée dix jours trop tard ne rattrapera jamais rien.
Le seuil déterminant est celui des dix heures de jour. En dessous, la photosynthèse ne couvre plus guère que l’entretien de la plante : la croissance devient presque nulle. En France, moitié nord, cette période s’étend en gros de début novembre à début février. Tout ce qui n’a pas été construit avant novembre ne le sera pas avant le printemps.
D’où la règle de conduite, très simple à retenir : semer assez tôt pour que le légume atteigne environ 80 % de sa taille finale à la mi-novembre. Ensuite, le potager d’hiver fonctionne comme un garde-manger vivant : les plantes ne poussent plus, elles se conservent sur pied et vous les récoltez au fur et à mesure des besoins.
Compter à rebours : la seule méthode fiable
Les dates du dos des sachets sont des moyennes nationales : elles ignorent votre région et votre exposition. Le calcul à rebours, lui, ne se trompe pas.
Prenez le nombre de jours entre semis et récolte indiqué sur le sachet. Majorez-le de 30 à 50 % pour tenir compte du ralentissement automnal : ce qui pousse en quarante jours en juin en demande soixante en septembre. Retranchez ce total de la date du 15 novembre. Vous obtenez votre date limite de semis réelle.
Un exemple concret : un radis annoncé à vingt-cinq jours devient un radis à trente-cinq ou quarante jours en septembre. Semé le 30 septembre, il sera prêt vers le 10 novembre, c’est jouable. Semé le 20 octobre, il ne grossira plus et restera un fil vert tout l’hiver.
10 hDurée du jour sous laquelle la croissance s'arrête
+30 à 50 %Rallonge à appliquer aux durées de culture en automne
15 novembreDate pivot : les légumes doivent être quasi formés
Le tableau des semis d’août et de septembre
Ces dates limites valent pour un climat tempéré français, moitié nord. Ajoutez une à deux semaines en moitié sud, sur la façade atlantique et en zone urbaine abritée ; retranchez-en autant en altitude, dans l’Est continental et sur les terres froides.
Légume
Dernier semis
Récolte
Où semer
Mâche à petites graines
15 septembre
Novembre à mars
En place, terre tassée
Épinard d’hiver
15 septembre
Octobre-novembre, puis mars
En place
Laitue d’hiver (Merveille d’hiver, Val d’Orge)
5 septembre
Mars-avril, hivernée
Pépinière puis repiquage
Laitue à couper, jeunes pousses
25 septembre
Octobre-novembre
En place, semis dense
Roquette cultivée
25 septembre
5 à 7 semaines après semis
En place
Radis rond rouge
30 septembre
5 à 6 semaines après semis
En place
Radis d’hiver (noir gros rond)
20 août
Octobre à décembre
En place, éclairci à 15 cm
Navet d’automne
25 août
Octobre-novembre
En place
Chou chinois, pak-choï
15 août
Octobre-novembre
En place, éclairci
Cerfeuil, persil, ciboule
15 septembre
Automne, puis printemps
En place
Oignon blanc hâtif
15 septembre
Avril-mai en primeur
En place, éclairci
Épinard perpétuel, blette
20 août
Automne, puis printemps
En place
Fève, pois à grains ronds
Fin octobre à novembre
Mai
En place, climat doux
Trois précisions utiles. Le radis d’hiver n’est pas un gros radis de printemps : il demande de la place, quinze centimètres entre deux pieds, et se conserve des semaines en terre. La laitue d’hiver n’est pas une laitue ordinaire semée en hiver, c’est un groupe de variétés rustiques prévues pour passer le froid en rosette et pommer au printemps ; semer une batavia d’été en septembre ne donnera rien. Les fèves et pois à grains ronds sortent du calendrier de fin d’été : ils se sèment plus tard, en octobre-novembre, et seulement là où l’hiver reste doux.
Le vrai obstacle : faire lever par temps chaud
Contrairement à l’intuition, ce n’est pas le froid de novembre qui fait échouer les semis de fin d’été, mais la chaleur d’août. Plusieurs graines potagères entrent en thermodormance : au-delà d’un certain seuil, elles refusent purement et simplement de germer, même parfaitement arrosées. La laitue bloque au-delà de 25 à 28 °C, la mâche au-delà de 25 °C. Or, dans les deux premiers centimètres d’un sol nu exposé plein sud, ces températures sont atteintes tous les après-midi d’août.
Nettoyer sans retournerCoupez les résidus de la culture précédente au ras du sol, retirez les racines coriaces et les adventices. Griffez les cinq premiers centimètres : la terre d'août est chaude et structurée, la bêcher l'assécherait en profondeur.
Affiner et tasserNivelez au râteau jusqu'à obtenir une surface fine et régulière, sans motte plus grosse qu'une noisette, puis tassez légèrement au dos du râteau. La mâche et l'épinard lèvent nettement mieux sur une terre plombée que sur une terre soufflée.
Arroser le sillon avant de semerTracez un sillon peu profond, un demi-centimètre à un centimètre, et arrosez généreusement le fond avant de déposer les graines. L'eau va là où elle sert, la surface reste sèche, et vous ne provoquez pas de croûte de battance.
Semer clair et couvrir de terreauSemez plus clair qu'au printemps pour éviter le repiquage et l'éclaircissage. Recouvrez de terreau de semis tamisé plutôt que de terre du jardin : il ne croûte pas et garde l'humidité de façon plus régulière.
Ombrer les premiers joursPosez une planche, un carton ou un voile d'ombrage directement sur la ligne semée. Vous gagnez trois à cinq degrés sur la température du sol. Retirez la couverture dès la première levée visible, sans attendre, sinon les plantules s'étiolent en quarante-huit heures.
Arroser en pluie fine, deux fois par jourJusqu'à la levée, le premier centimètre ne doit jamais sécher : un passage le matin, un le soir, en pluie très fine. Après la levée, revenez à un arrosage plus copieux mais espacé, pour faire descendre les racines.
Semer en place ou en pépinière : trancher vite
En fin d’été, la question se pose différemment du printemps, parce que la place manque rarement et que le temps, lui, manque toujours.
Semer en place
Aucun stress de transplantation, racines droites
Indispensable pour radis, navets, épinards, carottes
Le repiquage coûte 8 à 10 jours de croissance, précieux en septembre
Notre verdict
Semez en place tout ce qui a une racine pivotante ou pousse vite, et réservez la pépinière aux laitues d'hiver et aux choux quand la planche est encore occupée. Passé le 5 septembre, semez tout en place : il n'y a plus assez de jours pour se payer un repiquage.
Les jeunes semis d’automne sont aussi le repas préféré des limaces, très actives avec le retour des nuits humides de septembre. Une ligne de mâche peut disparaître en deux nuits : posez vos protections dès le semis, pas après les premiers dégâts, en vous appuyant sur les solutions anti-limaces qui fonctionnent réellement.
Ce qui se sème pour le sol, pas pour l’assiette
Toutes les planches ne trouveront pas preneur. Plutôt que de les laisser nues tout l’hiver, exposées au tassement par les pluies, au lessivage des nitrates et aux adventices, semez un engrais vert. C’est le meilleur investissement de fin d’été pour le potager de l’année suivante.
Engrais vert
Dernier semis
Intérêt principal
Destruction
Phacélie
15 septembre
Structure le sol, mellifère, gélive
Gel, ou fauche en novembre
Moutarde blanche
25 septembre
Levée très rapide, occupe le terrain
Gel, à éviter avant des choux
Seigle fourrager
15 octobre
Racines puissantes, résiste au froid
Fauche en mars
Vesce d’hiver, en mélange
30 septembre
Fixe l’azote, se marie au seigle
Fauche en mars-avril
Trèfle incarnat
20 septembre
Fixe l’azote, fleurit au printemps
Fauche à la floraison
La règle de destruction est constante : fauchez toujours avant la montée à graines, laissez la végétation sur place en couverture, et plantez ou semez deux à trois semaines plus tard, le temps que le tapis commence à se décomposer. Une planche menée ainsi demande beaucoup moins de travail au printemps qu’une planche laissée nue, un principe au cœur de la façon de créer et conduire un potager qui se tient dans la durée.
Protéger à partir de la mi-octobre
Jusqu’aux premières gelées, rien à faire. Ensuite, trois niveaux de protection, à choisir selon l’ambition.
Le voile de forçage, tissu blanc très léger posé directement sur la culture et lesté sur les bords, gagne un à trois degrés et surtout protège le feuillage des pluies froides et de la grêle. C’est suffisant pour la mâche, l’épinard, le cerfeuil et les laitues d’hiver, qui sont rustiques.
Le tunnel bas, arceaux et film perforé, crée un vrai microclimat et permet de continuer à récolter des salades tendres en décembre et janvier. Aérez dès que le soleil donne, sous peine de condensation et de pourriture grise.
Le châssis froid, enfin, coffre vitré posé sur la planche, reste l’outil le plus efficace du potager d’hiver : il déplace votre jardin de plusieurs centaines de kilomètres vers le sud. Il demande une aération quotidienne dès qu’il fait doux.
Pensez aussi à l’après. Les planches libérées de janvier à mars accueilleront les premiers semis de l’année, à démarrer à l’abri bien avant la fin des froids, c’est tout l’objet du semis sous abri avant les dernières gelées. Et si votre stock de graines est incomplet, commandez maintenant : les variétés d’hiver partent vite en fin d’été chez les spécialistes du semis comme Les Graines de France.
Votre plan d’action pour les quinze prochains jours
Faites le tour des planches libres ou bientôt libres et attribuez à chacune un légume ou un engrais vert, avec sa date limite de semis.
Vérifiez votre stock de graines et commandez ce qui manque en priorité : mâche, épinard d’hiver, laitue d’hiver, cerfeuil.
Semez d’abord ce qui ferme le plus tôt : radis d’hiver, navets, choux chinois et épinard perpétuel avant le 25 août.
Préparez une réserve de terreau de semis tamisé et une planche ou un carton par ligne semée, pour ombrer les levées.
Posez vos protections anti-limaces le jour même du semis, pas une semaine plus tard.
Notez sur un plan la date de chaque ligne : c’est ce carnet, pas votre mémoire, qui rendra le calendrier de l’an prochain plus juste.
La FAQ
Vos questions, nos réponses
Est-il trop tard pour semer si l'on est déjà à la mi-septembre ?
Non, mais la liste se réduit à ce qui pousse vite ou reste petit : mâche, roquette, radis rond, cerfeuil, épinard en climat doux. Oubliez les navets, choux et laitues pommées, qui n'auront pas le temps de se construire avant la baisse de lumière. En moitié sud ou sur la façade atlantique, vous disposez généralement de dix à quinze jours de plus qu'en moitié nord.
Faut-il retourner la terre avant un semis de fin d'été ?
Surtout pas. La terre d'août est chaude et vivante ; la retourner l'assèche en profondeur et détruit exactement ce dont la levée a besoin. Coupez les résidus de la culture précédente au ras du sol, griffez les cinq premiers centimètres, retirez les racines coriaces, nivelez au râteau puis tassez légèrement. Cinq minutes de préparation suffisent sur une planche déjà cultivée.
Mes graines de mâche ne lèvent pas, pourquoi ?
Presque toujours la chaleur. La mâche germe bien entre 15 et 20 °C et entre en dormance au-delà de 25 °C, température facilement atteinte dans les deux premiers centimètres du sol en août. Semez le soir, arrosez le fond du sillon avant de déposer les graines, couvrez d'un centimètre de terreau fin puis d'une planche ou d'un carton pendant trois à quatre jours, jusqu'aux premières levées.
Peut-on semer directement après une récolte de courgettes ou de haricots ?
Oui, à condition de respecter la rotation. Après un haricot ou un pois, qui laissent le sol enrichi en azote, enchaînez volontiers sur des feuilles : épinard, mâche, laitue. Après une courgette, très gourmande, apportez deux à trois centimètres de compost mûr avant de semer. Évitez seulement d'enchaîner deux plantes de la même famille, notamment navet ou radis après un chou.
Un voile de forçage suffit-il pour passer l'hiver ?
Il suffit pour la mâche, l'épinard, le cerfeuil et les laitues d'hiver, qui sont rustiques et supportent le gel : le voile ne les sauve pas du froid, il maintient un feuillage propre et récoltable. Pour prolonger vraiment la production de salades tendres, il faut passer au tunnel bas ou au châssis froid, qui gagnent l'équivalent d'une région entière vers le sud.
Le bananier du Japon, Musa basjoo, passe l'hiver dehors dans la plupart des régions françaises. Sa souche résiste à des gels sévères, mais sa silhouette, elle, dépend entièrement de la façon dont vous le protégez. Bien emmailloté, il redémarre en mai avec un tronc déjà haut ; simplement paillé, il repart de zéro.
Le laurier-rose supporte bien mieux le froid qu'on ne le croit, mais pas n'importe quel froid ni dans n'importe quelles conditions. En pot, il se rentre tard et se sort tôt. En pleine terre, il ne survit hors des régions douces qu'avec un emplacement choisi avec soin. Et même gelé jusqu'au sol, il repart souvent de sa souche.
Le chrysanthème acheté pour la Toussaint finit trop souvent à la poubelle dès la mi-novembre. C'est pourtant une vivace, capable de repartir chaque année et de refleurir à l'automne suivant. Encore faut-il savoir lequel est assez rustique pour la pleine terre, comment le tailler et à quel moment le pincer.