Diviser ses vivaces : quand, comment, plante par plante
Au bout de quelques années, la plus belle touffe se creuse au centre, fleurit en couronne et s'épuise. La division la rajeunit, l'agrandit et vous donne trois plantes pour le prix d'une. Encore faut-il intervenir à la bonne saison : c'est la floraison de la plante, et non le calendrier, qui commande.
Deux mains séparant en deux une touffe de vivace fraîchement arrachée, racines et terre visibles, fourche-bêche plantée à côté. , Visuel produit par intelligence artificielle.
Pourquoi une belle touffe finit par s’épuiser
Une vivace ne pousse pas comme un arbuste. Elle s’étend par sa périphérie : chaque année, la couronne extérieure émet de nouveaux bourgeons et de nouvelles racines, pendant que le centre vieillit. Au bout de trois à cinq ans, ce centre devient ligneux, ses racines meurent, et la touffe prend l’aspect caractéristique du beignet : un anneau de feuillage vigoureux autour d’un trou.
À ce stade, la plante est en concurrence avec elle-même. Trop de tiges se partagent le même volume de terre, chacune reçoit moins d’eau et moins d’éléments nutritifs, et la floraison s’appauvrit : des fleurs plus petites, des tiges plus courtes, parfois une saison décalée d’une ou deux semaines.
Diviser n’est donc pas une intervention de multiplication déguisée, c’est un soin d’entretien. Vous supprimez le cœur épuisé, vous rendez de l’espace aux parties jeunes, et vous relancez le cycle. Que la manœuvre vous donne au passage trois ou quatre nouvelles plantes gratuites est un excellent bonus.
La règle du calendrier : à contre-saison de la floraison
Retenez cette phrase, elle règle neuf situations sur dix : on divise une vivace à la saison opposée à sa floraison. Une plante en fleurs mobilise toute son énergie vers ses tiges florales ; la déranger à ce moment revient à lui demander deux efforts contradictoires en même temps.
Concrètement, les vivaces qui fleurissent au printemps, primevères, doronic, ancolies, pulmonaires, brunneras, se divisent en septembre et octobre. Celles qui fleurissent en été et en automne, asters, rudbeckias, achillées, phlox, monardes, se divisent en mars et avril, au moment où les pousses percent la terre.
L’automne offre un avantage réel : la terre reste chaude jusqu’en octobre, ce qui permet aux racines de s’installer avant l’hiver, et les pluies dispensent d’arroser. Sa limite est nette aussi : passé la mi-novembre, un éclat mal enraciné se fait déchausser par les alternances de gel et de dégel.
Diviser en automne
Sol encore chaud, racines qui repartent immédiatement
Pluies naturelles : peu ou pas d'arrosage à assurer
Le jardin est encore lisible, on voit les touffes à traiter
Risque de déchaussement par le gel si on s'y prend trop tard
Diviser au printemps
Reprise franche, toute la saison devant soi pour s'installer
Les jeunes pousses signalent exactement où couper
Seule fenêtre possible pour les graminées et les frileuses
Impose un arrosage suivi si le printemps est sec
Notre verdict
Prenez l'automne comme fenêtre par défaut pour les vivaces de printemps et les touffes qu'il faut absolument rajeunir, et gardez le printemps pour les graminées, les vivaces de floraison tardive et tout ce qui craint l'humidité hivernale.
3 à 5 ansIntervalle habituel entre deux divisions
3 à 5 bourgeonsMinimum à conserver par éclat replanté
10 LArrosage à donner à chaque éclat le jour de la plantation
Le tableau plante par plante
Les exceptions comptent autant que la règle, et elles concernent des plantes très courantes. Ce tableau récapitule les cas les plus fréquents au jardin.
Vivace
Meilleure période
Fréquence
Point de vigilance
Hosta
Début du printemps ou début septembre
5 à 10 ans
Couper au couteau, la souche est très dense
Hémérocalle
Fin d’été ou printemps
4 à 6 ans
Rabattre le feuillage de moitié avant d’arracher
Iris des jardins (barbu)
Fin juin à août, après floraison
3 à 4 ans
Replanter le rhizome affleurant, jamais enterré
Iris de Sibérie
Fin d’été ou début de printemps
4 à 5 ans
Souche très dure : bêche ou scie d’élagage
Pivoine herbacée
Septembre uniquement
Rarement, tous les 10 ans
Yeux à 3 cm sous la surface, sinon aucune fleur
Aster, rudbeckia, achillée
Mars-avril
2 à 3 ans
Vigoureuses, à diviser souvent pour rester nettes
Phlox paniculé, monarde
Mars-avril
3 ans
Écarter les éclats pour limiter l’oïdium
Primevère, pulmonaire, brunnera
Septembre-octobre
3 à 4 ans
Diviser à la main, racines fragiles
Géranium vivace
Septembre ou mars
4 à 5 ans
Très tolérant, reprise quasi assurée
Heuchère
Printemps
3 ans
Replanter plus profond : elles se déchaussent
Graminées (miscanthus, pennisetum)
Printemps uniquement
4 à 5 ans
Jamais en automne : pourriture hivernale
Agapanthe
Printemps, à contrecœur
6 à 8 ans
Fleurit mieux à l’étroit, ne pas diviser sans raison
Le géranium vivace, avec sa très longue floraison, fait partie des meilleures plantes pour se faire la main : sa souche se démêle presque à la main, chaque éclat reprend, et une seule touffe permet de garnir un bord de massif entier en deux saisons.
Le geste, pas à pas
Arroser la veilleUn arrosage copieux vingt-quatre heures avant facilite l'arrachage, garde la motte cohérente et limite la casse des racines. Sur un sol sec et dur, la touffe se déchire au lieu de sortir entière.
Rabattre le feuillageCoupez les tiges et les feuilles à une dizaine de centimètres, ou de moitié sur les feuillages persistants. Vous rééquilibrez la plante, qui aura moins de racines, et vous voyez enfin où vous mettez les mains.
Arracher largePiquez la fourche-bêche à 20 ou 30 cm du collet, tout autour de la touffe, puis faites levier progressivement de chaque côté. Soulevez la motte entière et posez-la sur une bâche ou une brouette, à l'ombre.
Diviser selon la soucheSouche souple, comme une primevère ou un géranium : démêlez à la main. Souche fibreuse, comme un aster : deux fourches dos à dos, manches écartés. Souche dense et ligneuse, comme un hosta ou un iris de Sibérie : couteau désinfecté ou coup de bêche franc.
Trier et parerÉliminez le centre épuisé, les parties molles ou brunes et les racines cassées. Gardez des éclats de la taille d'une main, portant chacun au moins trois à cinq bourgeons et un vrai chevelu racinaire. Un éclat trop petit met deux ans à redevenir présentable.
Replanter aussitôtReplantez le jour même, à la même profondeur qu'avant l'arrachage, dans une terre ameublie et enrichie d'une poignée de compost mûr. Tassez au pied, arrosez avec 10 litres par éclat, puis paillez sur 5 cm sans couvrir le collet.
Si vous ne pouvez pas replanter tout de suite, mettez les éclats en jauge : un trou provisoire à l’ombre, racines couvertes de terre humide, pour quelques jours au maximum. Ce qui tue un éclat, c’est le dessèchement des racines fines, et il suffit d’une demi-journée de plein soleil sur une bâche pour le provoquer.
Les vivaces qu’il vaut mieux ne pas diviser
Certaines plantes développent une racine pivotante unique ou une souche charnue qui ne supporte pas d’être coupée. Les diviser ne les rajeunit pas : cela les affaiblit durablement, voire les tue.
C’est le cas du pavot d’Orient, de l’euphorbe, du gypsophile, de l’acanthe, du baptisia, de la lavatère arbustive et, dans une large mesure, de l’hellébore, qui met des années à s’en remettre. Pour les multiplier, on passe par le semis, par le bouturage de racine en hiver ou par le bouturage de tige en été, une logique proche de celle qu’on applique pour bouturer les arbustes en fin d’été.
Deux autres cas relèvent du bon sens. Les vivaces achetées l’an dernier n’ont rien à gagner à être divisées : laissez-les s’installer trois ans. Et les plantes qui fleurissent mieux à l’étroit, comme l’agapanthe, se contentent d’un apport de compost au pied plutôt que d’un arrachage.
Les six semaines qui suivent
La division est réussie ou ratée dans le mois et demi qui suit, pas le jour même.
Arrosez régulièrement, sans détremper : un bon arrosage par semaine en l’absence de pluie, davantage si le temps reste chaud. Les racines coupées ne prélèvent pas encore, la plante vit sur ses réserves.
N’apportez pas d’engrais azoté, surtout à l’automne : il pousserait la plante à produire du feuillage tendre juste avant les gelées. Une poignée de compost mûr à la plantation suffit largement.
Paillez sur cinq centimètres, en dégageant bien le collet. Le paillis limite l’évaporation en fin d’été et amortit les alternances de gel et de dégel en hiver, qui sont la principale cause de perte des éclats plantés tard.
Ne vous inquiétez pas d’un feuillage médiocre la première saison. Un éclat replanté en septembre passe l’automne à faire des racines, pas des feuilles. C’est au printemps suivant que vous jugerez, et l’écart avec la touffe d’origine sera généralement spectaculaire.
Enfin, notez la division sur un plan ou un carnet. Trois ans plus tard, vous ne vous souviendrez plus de ce qui a été fait quand, et ce carnet vaut, pour vos massifs, ce que vaut le calendrier de taille pour vos arbustes à fleurs.
Votre plan d’action pour l’automne
Faites le tour des massifs et repérez les touffes creuses au centre ou moins fleuries que l’an dernier.
Triez-les en deux listes : floraison de printemps, à diviser maintenant ; floraison d’été et graminées, à noter pour mars.
Vérifiez le tableau ci-dessus pour les cas particuliers, en priorité pivoines, iris et graminées.
Préparez les emplacements d’accueil avant d’arracher quoi que ce soit : trou ameubli, compost mûr, arrosoir rempli.
Divisez par temps couvert, entre mi-septembre et fin octobre, et replantez le jour même.
Programmez un arrosage hebdomadaire pendant six semaines, puis paillez avant les premières gelées.
La FAQ
Vos questions, nos réponses
Tous les combien faut-il diviser une vivace ?
Tous les trois à cinq ans pour la majorité des vivaces de massif, et plutôt tous les deux à trois ans pour les plus vigoureuses comme les asters, les rudbeckias ou la monarde. Certaines n'ont besoin de rien pendant dix ans, notamment les hostas et les hémérocalles, tant qu'elles restent belles. Le calendrier n'est qu'un repère : c'est l'état de la touffe qui décide, pas le nombre d'années.
Peut-on diviser une vivace en pleine floraison ?
C'est possible mais coûteux pour la plante, qui abandonne alors sa floraison en cours. Si vous devez absolument le faire, par exemple pour un déménagement ou un chantier, rabattez les tiges florales de moitié avant d'arracher, arrosez très généreusement à la replantation et acceptez de perdre la fin de la saison. La plante repartira normalement l'année suivante.
Que faire du centre de la touffe, celui qui ne fleurit plus ?
Jetez-le, ou compostez-le. Ce cœur est constitué de vieilles racines épuisées et de tissus ligneux qui ne produiront plus de belles pousses. C'est même toute la logique de la division : on garde la couronne périphérique, jeune et vigoureuse, et on élimine le centre. Conserver ce dernier par économie revient à replanter la partie fatiguée de la plante.
Faut-il rabattre le feuillage avant de diviser ?
Oui, dans la plupart des cas. Une touffe arrachée a perdu une partie de ses racines mais garde tout son feuillage : le déséquilibre provoque un flétrissement immédiat. Rabattez le feuillage à une dizaine de centimètres pour les vivaces herbacées, ou de moitié pour les feuillages persistants. La plante consacre alors toute son énergie à refaire des racines.
Peut-on diviser une vivace en pot pour la rempoter ?
Oui, et c'est même souvent nécessaire : une vivace en pot s'épuise plus vite qu'en pleine terre, parce que son volume de terre est limité. Dépotez au printemps, écartez la motte en deux ou trois éclats à la main ou au couteau, rafraîchissez les racines qui tournaient en rond, puis rempotez chaque éclat dans un contenant à peine plus grand que son système racinaire, en terreau neuf.
Le bananier du Japon, Musa basjoo, passe l'hiver dehors dans la plupart des régions françaises. Sa souche résiste à des gels sévères, mais sa silhouette, elle, dépend entièrement de la façon dont vous le protégez. Bien emmailloté, il redémarre en mai avec un tronc déjà haut ; simplement paillé, il repart de zéro.
Le laurier-rose supporte bien mieux le froid qu'on ne le croit, mais pas n'importe quel froid ni dans n'importe quelles conditions. En pot, il se rentre tard et se sort tôt. En pleine terre, il ne survit hors des régions douces qu'avec un emplacement choisi avec soin. Et même gelé jusqu'au sol, il repart souvent de sa souche.
Le chrysanthème acheté pour la Toussaint finit trop souvent à la poubelle dès la mi-novembre. C'est pourtant une vivace, capable de repartir chaque année et de refleurir à l'automne suivant. Encore faut-il savoir lequel est assez rustique pour la pleine terre, comment le tailler et à quel moment le pincer.